Il buono, il brutto ed il Presidente
(Le Bon, la Brute et le Président : spaghetti western syndical)

Il faut que les principes d'une politique soient faits de justice et de vérité.
Démosthène, Olynthiennes, II, 10

Après la présentation des événements et de mes commentaires, suivra la lettre que j'ai, en ce novembre dernier, fait parvenir au président de notre syndicat.


Je fabrique à l'été 2000 une affiche (Bouclier) pour que cessent, à mon endroit, les pressions de la clientèle anglophone qui me presse régulièrement de lui parler en anglais (pas toujours gentiment d'ailleurs) selon un droit (par ailleurs inexistant) dont je la priverais injustement. Pour enfin mettre les choses au clair et allumer leur fanal, mon afffiche reprend, en 5 langues, mon droit protégé par la loi 101. Celle-ci souligne (sans que je le dise exactement de la façon qui suit) qu'il n'y a aucune obligation de ma part de m'exécuter dans une autre langue que celle de ma mère, qui est aussi celle de la sienne, et ainsi de suite jusqu'à mon aïeule et épouse de Charlemagne. Je veux qu'il soit clair que je ne veux pas être le premier à porter l'odieux d'être le premier à briser cette longue et noble tradition sous prétexte que, si je ne cède pas aux exigences des «autrophones» qui veulent savoir combien coûte une lisière de billets ou comment faire pour se rendre à la station angrignon, monsieur ou madame va me faire une crise en «pas le phone» que moi j'accepte de parler.

La STM est tout ce qu'il y a de mieux renseignée sur cette situation mais, étant satisfaite de l'ambiguité et de la confusion qui laissent ses employés à la merci des clients anglophones qui imposent leur langue sans trop de problèmes, elle me fait savoir que c'est plutôt moi qui fait des problèmes. C'est clair que le cadre est croche mais, pour ne pas faire de la peine aux anglophones, je n'ai qu'à pencher un tout petit peu la tête pour qu'elle devienne juste assez carrée pour que ceux-ci n'aient pas à verser de larmes. Ainsi, je n'aurai pas à me mettre à genoux. Je n'aurai qu'à plier les genoux qu'un tout petit peu et tout le monde y sera heureux.

Pour moi, tout ça ç'est le monde à l'envers. Mon affiche, qui donne le bon mode d'emploi, dit aux «autrophones» que c'est à eux de pencher la tête dans le même sens que mon affiche et puis, comme par magie, leur petit monde cessera ainsi d'être tout à l'envers du Québec. Mais selon la STM, quand on est colonisé, ça n'est pas poli de parler ainsi à ses colonisateurs-concitoyens. Qu'au canada anglais, on ne peut pas pencher ainsi pour nous la tête et que c'est tout ce qu'il y a de plus normal. Un colonisateur ça peut regarder de haut ou du haut vers le bas, mais ça ne peut pas pencher la tête du même côté que son colonisé car ça risque de lui faire mal et de le faire chialer comme un bébé à qui on refuse le sein.

Ça fait que lorsque les «autrophones» ont fait savoir à la STM que mon attitude et que mon affiche les faisait chialer, elle a tout de suite fait appel aux «gardiennes de stations» pour les consoler et me dire que si, à l'avenir, je ne faisais pas plus attention ils seraient obligés de me donner la fessée. Je l'admets ! je suis, du jour au lendemain, devenu un mauvais garçon, un mauvais colonisé, un mauvais employé. Ce que je ne savais pas encore, à ce moment-là, c'est que je deviendrais, contrairement à tout ce que j'aurais pu penser, un presque aussi mauvais syndiqué.

Ça aura pris les listes générales (voir définition en bas de page) de novembre 2000 pour que j'apprenne cette nouvelle assez époustouflante, merci ! J'aimerais quand même souligner clairement au passage que ma critique de notre syndicat fait exclusion des directeurs et des structures syndicales divisionnaires. Ceux-ci ont très majoritairement manifestés une ouverture louable à la diffusion, dans leur espace divisionnaire, de mes affiches et de la documentation prônant l'importance de promouvoir notre droit de travailler en français. Dès la première journée des listes générales, ils m'ont permis de placer un présentoir, dans leur espace divisionnaire, fournissant, aux membres syndiqués que nous sommes, les outils et la documentation permettant de faire respecter notre droit. J'avais donc, dans les 5 semaines des listes générales, une occasion en or de rejoindre la totalité des membres de notre syndicat qui ont le désir, sinon un moyen efficace, de faire respecter leur droit.

Entre alors, dès la première journée, un représentant de la STM (dont le président de notre syndicat préfère garder l'identité secrète pour ne pas compromettre l'avenir de ses bons rapports avec ses collaborateurs privilégiés ?) qui s'enquiert auprès de notre président s'il est d'accord avec ce que je suis entrain de faire et qu'il veut m'expulser, moi et mes choses, du local des listes. La réponse qu'il a donnée n'est nulle part documentée. Le seul fait, celui-là indéniable, dont je peux témoigner est: une semaine plus tard j'étais, par l'entremise du syndicat, invité à quitter, avec mes cliques et mes claques, l'emplacement des listes générales soudainement devenu inhospitalier. Sa réponse m'aura, au moins, permis d'être témoin d'une situation qui tient à rien de moins que du miracle. Comment, en effet, qualifier autrement qu'un droit si incontestable, qu'il est pourtant de l'obligation et de la compétence syndicale de protéger, ait été piétiné et évacué comme un vulgaire parasite. Et tout cela dans un espace où se retrouvait dans un même moment la totalité de tous nos plus puissants effectifs syndicaux voués à sa protection. Un miracle je vous dis !

Mais, ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Car, la cause officielle, sinon officieuse, de mon exclusion peut-être retracée à la réunion de l'exécutif syndical qui l'a précédée. Vient donc, à cette réunion opportune de l'exécutif syndical, une motion de censure sur moi et mes choses qui est soudainement parachutée sur les membres d'une assemblée (à mon avis mal préparés) pressés par leur obligation d'être présents pour officier au début prochain d'une séance d'assignation des listes générales pour la journée en cours. Les arguments précipités, soutenus par la présidence à l'exécutif, quand on y regarde de près, ne rendent aucunement justice à l'objet visé (mes affiches sur le français au travail) par ceux-ci. Les arguments soutenus, au contraire, font preuve d'une absence totale de pertinence par rapport a l'objet du débat (mes affiches) et qui me furent rapportés par des personnes présentes à l'assemblée. Comment, en effet, peut-on comparer et juger pareil l'action de diffuser parmi des travaileurs une loi qui a été faite spécifiquement pour eux et qui leur appartient tous, quelle que soit leurs autres croyances particulières, et l'action de diffuser une documentation sectaire ( mouvements charismatiques chrétiens de toutes sortes, témoins de Jéhova, intégrisme musulman, bouddhisme zen, soufisme, etc...) ? Donc, voici pour vous aider à mieux comprendre, un autre échantillon du type d'argumentation utilisée pour l'occasion : «si on laisse diffuser l'un on va être «poigné» à laisser diffuser à l'autre, et à l'autre et à l'autre...sa paperasse à propagande. Et que dire après, si on ne ferme pas tout de suite la porte, à tous ceux cherchent à vendre des «bébelles» utiles ou inutiles dans l'espace des listes ? Les listes générales finiraient donc, si l'on ne faisait rien, par devenir un véritable bazar moyen-oriental, une vraie tour de babel, une cacophonie à mille encans simultanés ». Pas mal, quand même, comme approche d'invalidation d'une chose qui est pourtant parfaitement à sa place dans ce contexte bien précis.

Mais, quand on n'y regarde pas de trop près, la décision de notre syndicat semble avoir été guidée par un souci absolu de justice. C'est aussi, possiblement, l'effet qu'espérait créer notre président chez la grande majorité des participants et observateurs qui ne prendraient pas la peine d'y regarder par deux fois. C'est l'approche de la justice mur à mur. Mais la justice absolue est un leurre. Il y a en la justice, un ordre, une hiérarchie des valeurs qui doit guider sa pratique. En syndicalisme juste, la démocratie est la valeur sur laquelle doit s'asseoir toutes les autres. Sacrifier, à la minorité, les prérogatives de la majorité est non seulement une injustice intolérable mais, également, une invitation à faire de la violence la seule ressource pouvant faire advenir une justice qui se refuse. Si, par exemple, un syndiqué n'obtenait que pour lui-même une pause-café de 2 heures, les autres syndiqués auraient raison de lui contester son privilège. Si un ascète soufi islamique syndiqué se voyait accordé, à lui seul, 1 heure par jour pour pratiquer les rituels particuliers à sa croyance, il y aurait soulèvement des autres syndiqués et il y aurait aussi entorse à la règle juste et démocratique. En pays islamique, avec un syndicat à majorité islamique ce serait, sans doute, une toute autre chose. Par contre, si un Québécois syndiqué en pays islamique obtenait, de son syndicat, 3 heures par semaine pour regarder par satellite une partie du canadien de Montréal, quand celles-ci seraient diffusées durant son quart de travail, sous prétexte que c'est sa religion à lui, il y aurait, aussi, atteinte au droit démocratique de ses co-syndiqués. Si ce même syndicat arabe, qui aurait la responsabilité de défendre et de promouvoir la langue arabe, censurait son action sous prétexte de ne pas déplaire à notre même québécois qui pourrait alors prétendre à une revendication juste de son droit au hockey, nous aurions encore un acte flagrant de prétendue justice qui ne serait rien d'autre qu'une aberration totale et complètement suicidaire. Ne vous y trompez pas, tout cela n'est qu'un simulacre de justice. Votre président, par son comportement des listes générales, a-t-il cru qu'il était possible de vous aliéner de la sorte un de vos plus importants droits qu'il a pourtant l'urgente obligation de défendre ?

Ne nous laissons pas berner. La loi 101 est aussi pertinente aux travailleurs du Québec que peut l'être la loi protégeant la santé et la sécurité au travail de tous les travailleurs du Québec. Comment donc expliquer la présence, aux listes générales, d'un kioske pour la Santé et Sécurité au tavail et, d'autre part, le refus obstiné de faire la moindre petite place à l'une des lois essentielles à ces mêmes travailleurs du Québec ? J'irai même à dire que c'est encore pire qu'un refus de faire une place à votre droit car, la place, je l'occupais déjà et, vous et votre droit, l'occupiez symboliquement à travers moi. N'ayons pas peur des mots. Vous et votre droit, en cette occasion, avez été activement et commodément évacués. Et comme il arrive, parfois, au hasard de bien faire les choses, tout cela au grand plaisir de la STM. Peut-on, dans ces conditions, faire confiance à une haute direction syndicale qui ne comprends même pas ou fait semblant de ne pas comprendre l'abc de nos droits fondamentaux et qui essaie de nous faire passer des vessies pour des lanternes ? Si l'on en juge par son action aux listes générales, notre président se croit-il en «la belle province d'Ontario», mandaté pour défendre les syndiqués du TTC (Toronto Transit Commission) ?

Comme vous voyez, si je n'ai pas de réponses, seulement beaucoup d'hypothèses, beaucoup de questions, c'est que notre président n'a peut-être pas trouvé que mes questions étaient dignes de son attention. Serait-ce que, pour lui, lui poser une question est synonyme de le remettre en question ? Ou est-ce que des questions, venant d'un simple membre de son syndicat, sont immédiatement perçues comme un défi à son autorité qui ne peut supporter d'être remise en cause? Donc, dans ma naïveté qui a immédiatement suivi les événements que je viens de vous relater, j'ai, sans grand succès, osé une lettre à notre président. Celle-ci n'ayant pas eu de réponse, c'est à vous, lecteurs de mes insuccès, qu'aujourd'hui je la propose. Désormais, abandonné à moi-même, c'est de vous seul qu'il m'est désormais possibe d'attendre une réponse. Donc, bonne lecture et, si jamais vous avez une réponse, SVP faites-la moi savoir, car ça fait bientôt 5 mois que le chronomètre a été mis en marche et mon attente continue (on est aujourd'hui fin mars 2001). Mais, que voulez-vous, il y en a à qui ça prend du temps pour trouver une réponse étant donné qu'ils passent leur temps à passer à côté de la question. Ce que ne semble pas comprendre notre président, c'est qu'il a déjà les réponses à mes questions et qu'il n'a pas à perdre de temps à les trouver car elles se trouvent toutes aux articles 4 et 45 de la loi 101. Ne pas comprendre ou ne pas vouloir entendre est toujours le danger que courent tous ceux qui prennent certains droits pour de la littérature de fiction, en dépit de ce que crie la réalité et le bon sens le plus élémentaire.

Robert Choquette

Listes générales : réunion annuelle en un même lieu (répartie sur environ 5 semaines) de tous les employés (environ 4000) affectés au transport des usagers du transport en commun de la STM. Sont réunis: chauffeurs d'autobus, chauffeurs du transport adapté, opérateurs de métro et changeurs du métro. Chaque employé d'une catégorie peut, pour l'année qui suivra, choisir de rester dans sa désignation courante ou décider d'être muté, selon les droits de son ancienneté, à l'une des trois autres catégories qui s'offrent à lui. C'est une occasion unique pour entrer en contact avec la totalité des travailleurs affectés au transport des usagers de la STM.

Ma lettre au Président de notre syndicat                                                

Si vous trouvez que la sauce à spaghetti western de votre président vous laisse:
1- Un arrière-goût désagréable dans la bouche
2- Avec l'impression qu'il a «hold-upé» votre diligence
3- Croire qu'il a laissé tomber sa bouteille de somnifères dans vos boulettes

Ne vous gênez pas de lui faire savoir en cliquant sur le lien, juste en bas.
Pour éviter le danger de dérive et de surdité qui guette tout syndicat, il est important à ses membres de
parler! dans l'oreille syndicale, même au risque de la réveiller.

Votre lettre au Président

SYNDICAT DES CHAUFFEURS D' AUTOBUS, OPÉRATEURS DE MÉTRO ET EMPLOYÉS DES SERVICES CONNEXES AU TRANSPORT DE LA STM - SECTION LOCALE 1983 - SCFP



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