Le syndicat aime-t-il tous ses poupons ?

J'invite notre syndicat à dissiper, sans plus tarder et de façon formelle, l'incertitude qui plane au-dessus de ses membres quant à la possibilité d'exercer leur droit de travailler en français. Nous sommes plusieurs à avoir observé ses attitudes incohérentes qui nous forcent de conclure à un comportement, dans ce dossier, qui compromet un droit qu'il dit pourtant défendre. Nous voulons que cesse ce manque de concordance entre ses gestes et son discours et qu'il mette fin au trouble qu'il cause à ses membres par son manque de transparence.

L'article 50 de la loi 101 est pourtant clair à ce sujet quand il affirme:

Les articles 41 à 49 de la présente loi sont réputés faire partie intégrante de toute convention collective.
Une stipulation de la convention contraire à une disposition de la présente loi est nulle.


En voyant des gestionnaires de la STM, comme moi-même et bien d'autres en avons été témoins, purger, sur ordre de leurs supérieurs, nos babillards syndicaux de documents rappelant spécifiquement à ses membres ces articles de loi, ceux-ci prétextant que notre syndicat ne s'oppose pas à leur geste (situation confirmée par notre directeur divisionnaire ainsi qu'un gestionnaire de deuxième niveau de la STM), devrait suffire à convaincre notre syndicat de l'urgence d'agir. Ceci constitue une censure inacceptable ainsi qu'une atteinte grave à notre droit à une information libre pour un droit qui bénéficie, de surcroît, de la nécessaire protection de notre syndicat.


Tout refus d'intervenir ou de corriger le faux message qu'envoie cette censure ne pourrait être interprété autrement que comme un aveu d'acceptation et de complicité de cette négation, à peine voilée, de notre droit. De timides tractations de coulisses n'ayant rien pour nous convaincre, une simple réaffirmation écrite de notre syndicat, nous rappelant son engagement indéfectible envers notre droit de travailler en français, pourrait d'elle-même suffire. Nos coriaces négociateurs de conventions collectives depuis longtemps rompus aux armes de la négociation comprennent, j'en suis sûr, les qualités hautement rassurantes que peuvent seules avoir l'écrit quand l'on tient à être pris au sérieux. Des paroles chuchotées dans le secret du confessionnal sont insuffisantes à notre syndicat pour corriger le tort ainsi manifestement infligé à l'un des droits inaliénables de ses membres. Les articles 4 et 45 de la loi 101 ont été, et sont, formellement sous attaque. À un geste concret doit répondre un geste concret. Le temps où l'on pouvait se payer de paroles est désormais révolu. Maintenant que la situation est on ne peut plus claire, quelle autre garantie concrète aurait donc à nous offrir notre syndicat qui ne viendrait pas du bout des lèvres et qui ne serait pas qu'un timide vent de confessionnal ?

Si rien n'est fait, je m'engage à dévoiler à tous les membres concernés par cette formation prévue pour l'automne 2001, les menaces que j'ai dû subir suite à la diffusion, dans le contexte de celle-ci, d'une banale information les rappelant à leur droit de travailler en français (voilà pour ce droit qui est supposé faire problème pour personne). Une acceptation, par notre syndicat, de laisser compromettre de la sorte une formation, qu'il a lui-même investie de tant de louanges et d'énergie, pour ne pas avoir à affirmer de façon claire son engagement envers ce droit qu'il reconnaît pourtant déjà en parole à ses membres, ne pourra que donner la mesure réelle de son engagement pour défendre celui-ci.

Je fais mienne, pourrait-on dire, une version moderne et moins exigeante de la Sagesse de Salomon qui, selon la légende, face à deux mères se réclamant toutes deux de la maternité d'un même bébé, menaça celles-ci de trancher le bébé en deux et de leur en remettre chacun une moitié pour que, supposément, justice soit faite. Celle qui, pour sauver la vie de son bébé, implora Salomon de reconnaître la maternité de l'autre femme fut, en toute sagesse, reconnue comme étant la vraie mère de celui-ci.

Il ne suffit donc à notre syndicat, pour le sauver, que d'embrasser sans réserves le premier bébé (droit de travailler en français) qu'il a déjà reconnu en parole être totalement sien pour sauver aussi, sans plus d'efforts, le deuxième bébé (formation) dont lui et la STM sont les heureux et fiers parents. S'il n'est pas prêt à poser ce geste pourtant facile, et en droite conséquence avec ses paroles, nous n'aurons tous d'autre choix que de reconnaître, non seulement, qu'il n'est pas la mère du premier bébé mais nous pourrons aussi mesurer toute l'ampleur de l'aversion et du mépris qu'il nourrit envers celui-ci, au point d'envisager compromettre la survie même de celui pour lequel nous connaissons toute l'étendue de son estime. Il y a comme ça dans la vie de ces moments de vérité qui sont là pour nous aider à lever le voile sur la nature réelle des choses.