Quand les murs ont des oreilles de patron

 

En tant que changeur ayant suivi la dernière mouture des cours de formation dédiée à la création du parfait employé de la STM, je crois urgent de faire savoir à tous ceux qui n'ont pas encore été reprogrammés qu'ils risquent, le temps venu, de s'exposer à de dangereux effets secondaires. Je vous invite à faire preuve de saine méfiance quant aux promesses de l'employeur de s'en tenir à la plus stricte confidentialité devant tous les propos que vous tiendrez durant ces deux jours "d'opération coeur ouvert". Étant plutôt naïf par nature j'ai cru à leurs paroles rassurantes. S'il vous était possible aujourd'hui de me voir, vous verriez que que je me promène désormais avec la flèche du logo de la STM bien plantée dans le coeur. J'ai parlé puis la STM a aussitôt décoché sa flèche qui a tranpercé ses risibles promesses de confidentialité pour m'atteindre.

Si vous connaissez le principe d'action-réaction et que vous tenez à votre peau ainsi qu'au contenu de l'information à votre sujet qui circule entre les mains de vos gestionnaires, gardez le meilleur pour vos soirées de famille. Par contre, si vous êtes naïfs et suicidaires comme moi, défoulez-vous à souhait et vous courrez ainsi le risque d'en avoir pour votre argent. Le thème de la formation est: "transiger avec une clientèle mécontente". Sachant que l'utilisation du français durant notre tavail a le don de rendre une certaine clientèle "mécontente" j'ai donc profité de cette occasion pour saisir la STM et notre syndicat de ce problème. Non seulement ai-je cadré le problème mais j'ai même osé ma version d'une solution possible qui m'a mérité ce que vous savez. J'ai, pour mériter cette belle trahison, distribué à tous les élèves, durant la pause café du premier jour, une enveloppe ayant pour titre:"Trousse pour transiger avec une clientèle linguistiquement mécontente". J'aurais pu, bien sûr, en lire à voix haute le contenu mais il m'a semblé qu'il serait plus souhaitable que chacun puisse en prendre connaissance à son propre rythme comme seul peut le permettre l'écrit. S'il m'avait été dit que leur promesse de confidentialité ne s'appliquait qu'à l'oral j'aurais pu m'éviter ce qui par la suite a suivi. Car, quelques jours plus tard, alors que j'étais retourné au travail, je reçois un appel d'un gestionnaire jusqu'aux mains de qui ma petite trousse s'était faite un chemin. Les courtoisies d'usage ont aussitôt été suivies d'un barrage de menaces et de mises en garde que je devrais probablement garder en toute confidentialité mais, quand on est un naïf incorrigible comme moi, on ne peut tout simplement pas s'empêcher.

En attendant que notre syndicat soit officiellement saisi de cet incident qui ne peut que déroger à l'entente paritaire qui a présidé à cette formation, soyez prudents et n'ouvrez pas trop vite votre coeur si vous ne voulez pas risquer qu'on vous l'ouvre au bistouri. Si vous avez la curiosité de savoir ce que contenait cette terrible trousse, vous n'avez qu'à consulter le document monté sur mon site qui porte le titre: «Trousse pour transiger avec une clientèle linguistiquement mécontente». Mais surtout n'oubliez pas de faire attention car elle risque de faire de vous de mauvais employés en vous incitant à trahir le code d'éthique que vous vous êtes engagés de respecter en acceptant de devenir des travailleurs grassement payés de la STM (du moins c'est ce que mon gestionnaire m'a dit et redit tout en me transperçant le coeur de sa flèche).

Robert Choquette


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