«Le Bouclier est une forme d'agression» ?
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Suite à divers commentaires, de bonne foi ou autre, n'ayant aucunes réserves à qualifier de forme d'agression cette affiche qui pourtant cherche à porter à l'attention des locuteurs anglophones que leur insistance à vouloir être servi en anglais porte, au contraire, le germe premier et réel de toute véritable agression, je publie cette réponse donnée en forum de discussion à un interlocuteur dont le pseudonyme de «Cruciverbiste» accuse pourtant tout son amour de la langue française. Voilà donc, enfin, notre profond et insidieux dilemme: cette langue nôtre que nous aimons avant toute autre et que nous avons toute légitimité de vouloir qu'elle devienne la langue première de la sociabilité entre tous les citoyens de notre territoire, trouve façon, même à nos propres yeux, d'être une cible acceptable aux pires dénigrements qui, si nous faisons rien, finiront bien dans le jeu des générations par la forcer au silence. La parler ou afficher son droit de la parler sont , comme vous voyez, déjà perçus, par un nombre croissant des nôtres, comme des formes inacceptables d'une agression...disons-le: discriminatoire. Je vous demande, à qui peut bien servir le fait que nous retournions contre nous-mêmes un des arguments les plus dévastateurs de nos adversaires et qui cherche à nous conduire tout droit dans un enclos de docilité béate...? |
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Cruciverbiste, La question que je trouve alors intéressante à poser est la suivante: "Toutes les formes d'agressions sont-elles à condamner?" l'agressivité a sa source dans ce que les psychologues et psychanalystes ont appelé "l'instinct" ou, encore,"le cerveau reptilien." Son intention ou, si tu veux, sa raison d'exister, comme il est généralement admis, est d'assurer la survie des individus et des espèces. C'est, en quelque sorte, une façon à la vie de dire non à la mort et à un niveau très primaire, de ne pas se soucier, pour ce faire, de la mort des autres. C'est la loi de la jungle; c'est la loi du plus fort. L'homme, qui accuse un net désavantage en force physique face à de nombreuses espèces animales, a tenté de faire basculer en sa faveur ce handicap en se regroupant en des ensembles de plus en plus imposants. Il a tellement poussé loin cet avantage qu'il est prudent de dire que seul d'autres ensembles d'hommes, désormais, représentent une menace pour tous les autres hommes constitués en de mêmes ensembles. Pendant de longs millénaires, ces regroupements humains ont développé des stratégies, internes et externes, de cohésion et de survie pour contrôler les forces qui les menaçaient. L'agressivité est l'une de ces forces et non la moindre. Tous ceux qui travaillent avec le public pourront en témoigner. Ces stratégies ont toutes été assises sur un système organisationnel pyramidal à l'image de la STM :-). D'abord la famille puis le clan, la horde, la peuplade, le peuple, l'état, le royaume, l'État, l'empire, tous tentent d'étendre dans toutes les directions leur propre pyramide dans le temps et dans l'espace jusqu'à l'érosion lente ou l'effondrement subit. La théocratie, la démocratie, la ploutocratie, l'autarcie...ont alterné ou se sont suivies et ont dominé seules ou dans des compromis divers plus ou moins heureux. Leurs mécanismes sociaux de régulation et de survie ont tous sanctionné ou institué, envers l'une ou plusieurs de leurs composantes minoritaires une violence inévitable qui, dans le cas unique des démocraties, favorisait le compromis qui respectait l'intérêt et la volonté démocratique de la majorité. C'était soit cela ou le bordel et le retour à la loi de la jungle du premier "Tarzan" ou premier " Ti-coune " qui s'amène. Je te le concède, mon Bouclier et tous ceux qui choisissent de l'utiliser optent pour la violence légitime institutionnalisée en 1977 par le gouvernement qui nous offre encore les meilleures chances de veiller aux intérêts collectifs de notre pyramide. Refuser d'embrasser notre propre violence démocratique c'est, par le fait même, accepter d'embrasser l'injuste violence faite par le minoritaire qui cherche à faire sienne notre demeure. Certains pourraient même choisir de travailler en anglais, en russe ou en chinois avec le bouclier tourné vers la clientèle et ce serait bien aussi. Cela serait alors perçu comme une courtoisie supplémentaire à celle que nous devons d'entrée à notre clientèle et non comme une obligation comme cela est actuellement considéré par notre clientèle anglophone. Pour ceux qui travaillent avec le public, c'est comme si cette loi n'existait pas car personne ne s'en souvient plus depuis le temps qu'elle traîne sur les tablettes. Je l'ai donc déterrée et dépoussiérée et l'ai envoyée sur son petit bonhomme de chemin pédagogique. Tu te souviens de la violence disciplinaire que nous avons dû subir, bien assis en silence sur nos petits pupitres en bois, pour réussir à faire de nous d'habiles et fins "cruciverbistes" ? eh bien, il est temps que soient réinstallés en sol québécois, avec 250 ans de retard, les petits bancs en bois de notre communauté anglophone du Québec. Et tout cela sans même avoir à renoncer à leurs écoles et institutions anglaises de toutes sortes. C'est quand même pas tant leur demander, n'est-ce pas ? Comme pour tous les autres peuples, il faut prendre soin de sa pyramide. Regarde ce qui est arrivé aux Égyptiens qui ont négligé leur langue en passant leus fins de semaines à "simonizer" leurs chameaux . Robert Choquette |
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